Le palmarès du ministre, ce n’est pas une bonne idée

La proposition du ministre de faire un Palmarèse des écoles publiques n’est pas une bonne idée. Le ministre dit, peut-on avoir un peu d’émulation entre les écoles et aussi ce serait bon pour un CSS ou un/e directeur/trice d’école de pouvoir se comparer à d’autres écoles de même type qui performent mieux.

Je crois que l’idée pour le ministre d’avoir des tableaux de bord (base de données et statistiques)  est excellente pour des fins de gestion. C’est intéressant aussi de rendre ces données publiques à des fins d’information ou de recherche.

Pour ce qui est du palmarès qui permet de comparer les écoles entre elles dans leurs performances et des les mettre en ordre de rang, là on est ailleurs.

La raison est assez simple, c’est que d’une façon générale les écoles publiques ne sont pas comparables, il y a trop de facteurs (multifactoriel) pour permettre une comparaison juste et valide. Le système public est organisé de telle sorte que les différences entre les types d’élèves et les types de milieux sont trop grandes. On parle souvent d’un système à trois vitesses (voir la caricature).

Je ne suis pas un expert en gestion scolaire, mais j’ai assez d’expérience et de connaissances du système d’éducation pour avoir accompagné des écoles dans leur quête pour une meilleure réussite des élèves (projet École et stratégies du CTREQ avec Marie-Martine Dimitri).

Plusieurs facteurs contribuent à la performance des écoles et des élèves. J’en nomme ici seulement quelques-uns.

  • Le milieu socioéconomique et la provenance des élèves.

  • Le taux d’immigration des élèves, la culture, la langue.

  • Les pratiques de sélection des élèves pour des programmes spécialisés.

  • La variété des services spécialisés (professionnels non enseignants) offerts ou non aux élèves.

  • La préscolarisation des élèves et les services en petites enfances (garderie, aides aux familles, etc.).

  • Et bien d’autres.

L’autre questionnement important est le suivant. Est-ce que la comparaison entre les écoles, même supposément de même statut, serait une occasion d’émulation qui stimulerait vers le haut?

Je crois que le ministre pourrait se servir des données sur les écoles pour informer annuellement les CSS et les écoles  sur leurs résultats et voir à l’accompagnement des milieux qui en ont besoin. Mais pas sous forme de palmarès, mais plutôt d’une façon privée.

 Selon moi il peut y avoir des conséquences négatives[1] :

  • Stigmatiser les écoles qui performent moins, renforcer les stéréotypes et les perceptions négatives surtout pour les écoles en milieu défavorisé et déjà stigmatisées.

  • La réussite éducative est plus que des résultats scolaires avec des notes chiffrées. Il est possible que certaines écoles présentent une moins bonne performance aux examens, mais qu’elles soient excellentes dans d’autres domaines comme l’engagement social (projet de bénévolat), la socialisation, le soutien parental, etc.

  • Mettre l’accent sur le manque de performance peut démotiver une équipe-école et ses élèves au lieu de les stimuler à faire mieux.

Quelques recommandations au ministre de l’Éducation

Au lieu de mettre du temps et de l’argent sur le développement annuel d’un palmarès des écoles, je propose plutôt les stratégies suivantes.

  • Au lieu de retirer le soutien financier au Centre de transfert pour la réussite du Québec (CTREQ)* développer une alliance avec le futur Institut National  d’Excellence en Éducation (INEE). Le CTREQ pourrait ainsi partager son expérience et son expertise en réussite éducative.

  • Analyser les bonnes pratiques qui se font dans des milieux scolaires comparables, les faire connaître aux écoles qui auraient les conditions pour les implanter. Il ne s’agit pas seulement d’informer les milieux, mais de les accompagner dans l’implantation des bonnes pratiques.

  • Soit avec l’implication de l’INEE ou  du CTREQ ou les deux, mettre en place un dispositif d’évaluation de l’effet des pratiques.

  • Considérer que l’investissement en énergie et en argent doit cibler avant tout la petite enfant, le préscolaire et le premier cycle du primaire.

[1] Inspiré en partie de ChatGPT 3.5 à la question: Pourquoi certaines personnes sont contre un palmarès des écoles publique du Québec

* Le CTREQ a développé au cours de deux décennies une longue expérience de mise en œuvre de projets d’accompagnement des milieux scolaires, de soutien aux chercheurs en éducation, de mise en place d’un Réseau d’information sur la réussite éducative (RIRE

4 réflexions au sujet de « Le palmarès du ministre, ce n’est pas une bonne idée »

  1. Texte très intéressant. Je suis entièrement d’accord avec l’analyse et les recommandations. Le gouvernement de la CAQ propose des orientations dans différents domaines qui ne sont pas trop progressistes.

  2. Très bien écrit et documenté mon cher Pierre et je suis entièrement d’accord avec tes propos.
    J’espère que cela tombera dans les yeux du Ministre, s’acheminera à son cerveau, fera vibrer ses neurones pour que des interconnexions se fassent et qu’une prolifique réflexion se produise pour lui conseiller d’abandonner cette idée de procéder à un palmarès des écoles.

  3. Le ministre de l’éducation devrait obligatoirement consulter des experts en éducation avant d’instituer quoi que ce soit dans le domaine.
    Il fonctionne comme un président du développement spatial qui aurait une formation en administration et qui déciderait de se poser sur la planète mars sans consulter les astrophysiciens.

    Je recommande qu’un groupe spécifique de professeurs- chercheurs universitaires en sciences de l’éducation soit rattaché au ministre et qu’il soit consulté obligatoirement avant toute décision.

    Quand on veut améliorer notre santé dentaire, on consulte un dentiste, non pas un garagiste.

  4. Un grand merci pour ce partage. Je suis tout à fait d’accord sur les points que vous avez cités. Il est question de faire avancer la question de l’éducation et non pas de stigmatiser les écoles. Je suis d’accord que les milieux de lesquels sont issus les élèves sont variés et de ce fait, il n’est pas possible de classer objectivement. Et c’est vrai que la réussite est plus que la réussite scolaire.
    Proposer un accompagnement est tout simplement magnifique.

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