Louise Bienvenue
Professeure, Département d’histoire
Faculté de lettres et de sciences humaines
Université de Sherbrooke
Sherbrooke (Québec) J1K 2R1
tél. (819) 821-8000 #63211
Louise Bienvenue
Professeure, Département d’histoire
Faculté de lettres et de sciences humaines
Université de Sherbrooke
Sherbrooke (Québec) J1K 2R1
tél. (819) 821-8000 #63211
Approche systémique ???
Je réalise présentement un projet d’écriture, de recherche personnelle sur Qui sommes-nous? Nous les êtres humains? Dans le cadre de mes lectures pour le sujet, j’ai revisité les fondements de notre organisme Le corps humain surtout le cerveau. J’ai pris conscience, mais pourtant je le savais, que notre organisme est composé de plusieurs systèmes (digestif, circulatoire, respiratoire, nerveux, etc.) et que tous ces systèmes travaillent en collaboration, chacun sa spécialité, mais aucun vraiment isolé. L’équilibre de notre organisme que l’on nomme l’homéostasie est constamment « maintenu ».
Depuis longtemps en psychoéducation, entre autres, on adhérait à l’approche systémique. Gendreau avec son modèle de la structure d’ensemble, les composantes d’un milieu, d’une activité, prônait l’interaction entre les systèmes. Depuis quelques années, en éducation on fait référence à l’approche écosystémique, par exemple, à la relation École-Famille-Communauté. Du côté de la persévérance scolaire et de la lutte au décrochage scolaire, on a mis l’accent sur l’implication des différents acteurs et des différents systèmes (école – parents – communauté – citoyens). Certains écrits parlaient des Alliances éducatives. Le slogan trop abondamment utilisé (un proverbe africain) disait : « Ça prend tout un village pour éduquer un enfant ».
Personnellement j’étais un peu réticent à la « surutilisation » de cette approche « systémique » craignant qu’on « s’éparpille » et que l’on soit en fin de compte moins efficace. Quand un problème appartient à tout le monde, il risque de n’appartenir à personne.
Mes lectures sur le corps humain, le cerveau et ses composantes, sur l’interaction des systèmes et leur inter collaboration m’a fait réfléchir. Je me suis dit, la nature, les organismes vivants, agissent d’une façon efficace par l’interaction et la collaboration entre tous les systèmes. Et c’est efficace.
Alors, j’en suis arrivé à penser que si la nature, les organismes vivants utilisent l’approche « systémique » et que c’est efficace, alors, en éducation et en psychoéducation ce devrait être une approche à recommander. Je reste cependant prudent malgré tout.
Potvin, P. (2009). La réussite éducative et la prévention du décrochage scolaire : une responsabilité partagée entre l’école, les parents et la communaté. Présentation au 10e symposium québécois de recherche sur la famille. Trois-Rivières. 29-30 cotobre 2009.
É-F-C
La psychoéducation comme discipline est une approche d’intervention qui vise à rétablir et développer les capacités adaptatives de la personne et à contribuer au développement du milieu dans le but de favoriser l’adaptation optimale de l’être humain en interaction avec son environnement.
Ce texte est un extrait de mon livre: Comprendre l’apprentissage pour mieux éduquer. Une approche psychoéducative. Collection psychoéducation. Béliveau éditeur
De même que l’on distingue la psychologie de la profession de psychologue, il est important de distinguer la psychoéducation, sa conception de l’apprentissage et de l’intervention, de la profession de psychoéducateur et de psychoéducatrice. Ainsi, la psychoéducation comme discipline, avec son champ de connaissances et certains de ses outils, peut être utilisée par toute personne s’intéressant à l’apprentissage, à l’éducation en général et à l’aide aux personnes en difficulté en particulier.
Le modèle psychoéducatif est avant tout un modèle d’intervention d’orientation systémique qui a pour intérêt et cible, les personnes qui présentent des difficultés d’adaptation psychosociale.
On peut accorder à Gilles Gendreau (1926-2010) et à Jeannine Guindon (1919-2002) la paternité et la maternité des principales bases de la psychoéducation. Jeannine Guindon, par sa formation de psychologue, a intégré ce que la psychologie de l’époque avait de plus important comme savoir : l’influence de la psychanalyse et de la psychologie dynamique dans le développement de la personne ; un développement par étapes, par stades, influencé entre autres par Piaget et Erickson. L’idée originale de Guindon a été de rééduquer les personnes « inadaptées » en repassant par les étapes de développement de la personnalité, entre autres en s’inspirant des étapes de développement d’Eric Erickson. De son côté, Gendreau avait une autre vision qui dépassait l’approche psychologique, mais qui l’incluait. Il n’était pas psychologue, mais « éducateur ». Il était préoccupé par le développement de la personne, non pas au sens de la psychologie de Guindon, mais plutôt par l’action de la relation de l’éducateur avec la personne en difficulté ainsi que sur l’utilisation de l’environnement, du milieu.
Ce sont au départ ces deux univers différents, mais complémentaire qui ont façonné les bases de la psychoéducation. Étant donné que dans mon ouvrage j’analyse la conception psychoéducative de l’apprentissage, je mets l’accent sur l’approche de Gendreau, car c’est lui qui a davantage développé cette dimension, entre autres par ses références aux grands pédagogues, par ses travaux sur l’activité et sur le modèle de la structure d’ensemble, les composantes psychoéducatives. Bien entendu, ceci n’enlève rien à tout l’apport de Jeannine Guindon au développement de la psychoéducation ([1]).
Dans son introduction au livre Jeunes en difficultés…, Gendreau (2001) écrit cette courte phrase au début du chapitre où il définit l’intervention psychoéducative : « Aider un être global à se développer, de lui-même et par l’environnement ». Cette petite phrase résume bien la vision qu’avait Gendreau de l’intervention psychoéducative.
On peut alors développer sa vision de la psychoéducation comme suit. Aider une personne en difficulté d’adaptation, que l’on conçoit comme globale avec ses composantes biologique, cognitive, affective, sociale et morale. Une personne qu’on aide dans son développement, mais qui s’aide elle-même par sa participation active. L’aide apportée utilisera l’environnement afin de favoriser ce développement et l’atteinte d’une meilleure adaptation.
Gendreau définit l’intervention psychoéducative comme « une intervention spécialisée qui, en utilisant le milieu de vie d’un jeune aux prises avec des difficultés spécifiques d’adaptation, accompagne et soutient ce jeune dans sa démarche vers un meilleur équilibre face à lui-même et face à son entourage ». Précisons que depuis plusieurs années, le terme « jeune » a été remplacé par « personne » ou « individu » étant donné qu’aujourd’hui l’approche est utilisée auprès de clientèles très variées, de la petite enfance aux personnes âgées.
Quand Gendreau présente la psychoéducation, plus spécifiquement l’intervention psychoéducative, on retrouve les concepts suivant : difficultés d’adaptation, recherche d’un équilibre, interaction de l’environnement et de la personne, accompagnement et soutien, une relation établie dans un vécu partagé.
La psychoéducation, comme son nom l’indique, est une intégration de théories de la psychologie et des sciences de l’éducation pour venir en aide aux personnes en difficulté d’adaptation. L’origine de la psychoéducation est « l’éducation spécialisée », conçue pour les personnes en difficulté. Avec le temps, les théories psychologiques ont fortement influencé la psychoéducation, beaucoup plus, à mon sens, que celles des sciences de l’éducation. De plus, d’autres disciplines sont venues contribuer au développement de la psychoéducation, entre autres la psychologie sociale, la sociologie, la psychopathologie, la criminologie, l’éthologie humaine, les neurosciences.
Du côté de Gendreau, les fondements de l’approche psychoéducative ont été influencés principalement par les travaux de Piaget. Gendreau a suivi les cours de Jean Piaget à l’université de Genève, en Suisse, durant les années 1950. Le constructivisme piagétien, qui débutait alors, allait devenir par la suite une théorie à la mode, du moins en Europe et au Québec. Cette conception de l’apprentissage fut complétée durant les années 1960 par le mouvement de la pédagogie dite active, sous l’influence de grands pédagogues comme Montessori, Freinet, Dewey. Puis, les théories systémique et écosystémique ont insisté sur l’importance de l’environnement et son influence sur le développement de l’individu.
Gendreau souscrivait à l’approche de Piaget, qui mettait l’accent sur l’interaction entre le sujet et l’environnement dans le développement de la personne. Pour moi, c’est cette approche, concrétisée par l’expérience de terrain de Gendreau à Boscoville, qui est au fondement de la psychoéducation. Les adolescents en trouble grave de comportement en processus de rééducation à Boscoville, étaient fragiles et facilement déstabilisés par les facteurs environnementaux (le temps, l’espace, les relations avec les adultes et les pairs). Le succès de l’intervention passait nécessairement par la maîtrise de ces facteurs. On a rapidement compris qu’avec des adolescents fragiles contrôlant difficilement leurs comportements, une action sur l’environnement (temps, espace, niveau de défi, etc.) devenait essentielle à la réussite du processus de rééducation. Ce sont, entre autres, ces deux raisons qui ont amené Gendreau à développer le modèle des composantes d’une activité et d’un milieu.
Le modèle psychoéducatif naissant comprenait dans son noyau dur les éléments suivants : la relation de qualité entre l’éducateur, la personne en difficulté et les pairs ; l’activité « psychoéducative » comme outil intermédiaire de relation et d’apprentissage ; les composantes du milieu comme outil de soutien à l’apprentissage et à la facilitation du processus adaptatif. Ce modèle s’inspire des conceptions constructiviste et de l’apprentissage en y ajoutant une vision systémique de l’apprentissage, c’est-à-dire une interaction dynamique d’un ensemble de composantes de l’environnement dans lequel vivent les clientèles présentant des difficultés d’adaptation.
La psychoéducation a été influencée par une approche d’apprentissage dans laquelle le sujet co-construit ses connaissances (constructivisme), est très actif dans ses apprentissages. À ce sujet, Gendreau utilise l’expression « aider la personne à se développer d’elle-même ». Malgré l’accent mis sur l’activité du sujet, l’approche psychoéducative reste une approche où la planification de l’intervention, de l’apprentissage, où le contrôle, la systématisation, la rigueur de l’intervention sont incontournables. En d’autres mots, l’éducateur doit être aussi actif que l’apprenant dans le processus d’apprentissage. En cela, la psychoéducation se rapproche des conceptions cognitivistes de l’apprentissage et du béhaviorisme, quant à l’importance de l’environnement et de l’analyse systématique du comportement.
([1]) Pour approfondir davantage l’aspect historique de la psychoéducation, je recommande au lecteur l’ouvrage suivant : Renou, M. (2014) L’identité professionnelle des psychoéducateurs. Une analyse, une conception, une histoire. Collection Psychoéducation : fondements et pratiques. Béliveau éditeur (82). Particulièrement le chapitre 2, « Une perspective historique de l’évolution de la psychoéducation ».
Le transfert de connaissances au cours des deux dernières décennies a fait l’objet de tout un courant de recherche (Chagnon et al., 2009). À l’origine, le concept de transfert de connaissances faisait référence à une approche linéaire et unidirectionnelle. La production des connaissances était limitée à la recherche universitaire et le transfert signifiait la transmission de ces connaissances pour les rendre accessibles à être utilisés par les milieux. Au départ, le transfert de connaissances était intimement lié à la valorisation de la recherche universitaire.
Cette conception reste encore utilisée lorsqu’il est question de l’approche linéaire du transfert, cependant, d’autres approches sont venues bonifier le concept de transfert en le rendant interactif (chercheur et utilisateur, praticien) et en ne limitant pas la production de connaissances aux seuls chercheurs. Cette transformation est venue de la dynamique interactionnelle entre chercheurs et utilisateurs (praticiens). Je vais aborder ces approches dans le chapitre 5 sur l’alliance recherche et pratique.
Extrait du livre Alliance entre le savoir issu de la recherche et le savoir d’expérience
Voici ma réflexion sur la question des « bonnes pratiques » des « pratiques qui s’appuient sur des données probantes ». J’écris présentement un futur livre sur « Alliance entre le savoir issue de la recherche et le savoir d’expérience. Le transfert de connaissances ».
Il faut être prudent sur la notion de « bonne pratique » et de « données probantes ». Il y a présentement un débat à ce sujet et beaucoup de nuances à apporter à cette notion de données probantes. C’est une approche issue du domaine médical.
Tout ça pour dire, qu’il faut chercher les meilleures pratiques, mais souvent en éducation, psychologie et psychoéducation, il y a peu de pratiques vraiment « probantes ». Il faut accepter l’utilisation de pratiques prometteuses et de les développer et les évaluer.
Aussi, il ne faudrait pas que cette notion de « données probantes » fasse obstacle à la créativité des praticiens et à l’innovation dans les pratiques éducatives et psychoéducatives.
En résumé, oui pour de bonnes pratiques, mais aussi oui pour la créativité et l’innovation… « avec rigueur ».
http://pierrepotvin.com/wp/index.php/2016/01/31/alliance-recherche-et-pratique/