Le Québec, dernier de classe au Canada dans la qualification de ses élèves – Analyse et hypothèses de solution
Note aux lectrices et aux lecteurs. Je ne suis pas un spécialiste des politiques et de l’administration de l’éducation. Par contre, je suis un spécialiste des élèves en difficulté et du décrochage scolaire depuis plus de 30 ans. L’analyse que je présente dans ce texte s’appuie sur un savoir issu de la recherche, de mes accompagnements de milieux scolaires, mais surtout sur mon savoir d’expérience. C’est une vision de l’éducation surement discutable. Enfin, je suis conscient que les solutions que je propose avec mes hypothèses restent possiblement difficiles d’application.
État de situation
Les statistiques suivantes ne tiennent pas compte des résultats au privé alors que 20% des élèves québécois le fréquentent alors que c’est 5% dans les autres provinces, dont l’Ontario. Toutefois, même lorsqu’on tient compte du privé, le taux de diplomation en cinq ans reste au dernier rang des provinces avec 68% ou 69%.
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Le Québec est bon dernier dans la diplomation de ses élèves du secondaire du secteur public dans le temps requis soit : 64% comparé à 77% pour la moyenne canadienne et à 20 points d’écart avec la province de l’Ontario (84%);
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Le Québec stagne depuis 2008, malgré les nombreux efforts tant financiers qu’en programmes d’intervention;
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Toujours au public, à peine 57% des garçons réussissent leur secondaire en cinq ans.
Les efforts réalisés au Québec depuis 1990 pour lutter contre le décrochage scolaire
Voici à titre d’exemple les nombreuses initiatives du gouvernement québécois, du fédéral et des acteurs de l’éducation, depuis 1990, pour favoriser la diplomation et lutter contre le décrochage scolaire.
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Le gouvernement fédéral du Canada a lancé en 1990 un programme de lutte au décrochage scolaire intitulé «L’école avant tout – Stay in school». Un investissement de 10 milliards de dollars dans le secteur de l’éducation en 1992-1993;
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En 1992, Michel Pagé, ministre de l’Éducation s’est attaqué à l’abandon des études à l’école secondaire avec la stratégie Chacun ses devoirs. Quelque 42 millions de dollars ont pu être mobilisés pour lutter, au Québec, contre le décrochage scolaire, en 1992-1993;
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À partir des années 2000, le Ministère de l’Éducation des Loisirs et du Sport (MELS) implante la Stratégie d’Intervention Agir Autrement (SIAA) (défavorisation). Le but est de contrer les écarts de réussite entre les milieux défavorisés et ceux qui sont plus favorisés. Un investissement de plusieurs millions de dollars durant plus de 10 ans;
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En 2002, c’est l’application du projet de loi modifiant la Loi sur le Conseil supérieur de l’éducation et la Loi sur l’instruction publique (projet de loi 124), 2002 : Obligation de produire un plan de réussite pour les établissements scolaires et de produire un plan stratégique pour les commissions scolaires; précisions sur les obligations d’information et de reddition de compte;
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Vers la fin des années 1990, c’est la création des Instances Régionales de Concertation (IRC) et investissement de plusieurs millions de dollars. Une approche citoyenne hors de l’école, avec de multiples projets voulant favoriser la persévérance scolaire : campagnes de sensibilisation, initiatives de sensibilisation à la conciliation études-travail, intervention et accompagnement dans les milieux à risque, mobilisation de milieux pour le développement de plans d’intervention pour la persévérance scolaire, initiatives de vigie et de transfert de connaissances entre les intervenants par des conférences, formations, etc, recherches, enquêtes et diffusions sur les habitudes de vie des jeunes, la conciliation études-travail, les causes de l’abandon scolaire, les perceptions qu’ont les jeunes de l’école, etc;
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Réunir & Réussir (R2). Secrétariat à la jeunesse (Gouv. Qc) & Fondation Lucie et André Chagnon. La mission est de soutenir des initiatives encourageant la persévérance scolaire au Québec en misant plus particulièrement sur la mobilisation des instances régionales et des communautés locales (IRC). Gérer un fonds d’investissement de 50 millions de dollars
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Création du Groupe d’Action sur la persévérance et la réussite scolaires au Québec (Jacques Ménard) (GA). Initiative citoyenne, le GA est une plateforme multisectorielle et un lieu d’échanges sur les initiatives porteuses en matière de persévérance scolaire dans tout le Québec. Objectifs: documenter et informer l’ensemble des acteurs de la société québécoise.
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Depuis plus de 15 ans (2002), la diffusion des nombreux programmes et outils du Centre de Transfert pour la Réussite Éducative du Québec (CTREQ). Guide de prévention, logiciels de dépistage, Programme de prévention de toutes sortes.
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Des millions d’investissements à réduire le nombre d’élèves par classe
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Des millions dans l’aide aux devoirs
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Les nombreux programmes de raccrochage des élèves décrocheurs pris en charge par divers types d’organismes : les Commissions scolaires, avec des programmes spéciaux ou des écoles de raccrocheurs : ex : Le Goéland (CSRS); École Boudreau (CS de la Capitale); les Carrefour Jeunesse Emploi; les Organismes Communautaires de Lutte contre le Décrochage (OCLD)
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Les mille et un projets pour favoriser la réussite des garçons
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Après une consultation nationale, le ministre Proulx à déposé en 2017 un plan stratégique de la réussite avec diverses mesures comme la maternelle 4 ans obligatoire en milieu défavorisé, l’accent sur la littératie dès le début de la scolarisation, etc.
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Et combien d’autres initiatives…
Analyse et constats
Malgré tous ces efforts tant de la recherche en éducation, du transfert de connaissances, de l’implantation de programmes de prévention, de l’implication de fondations multiples et des milliards d’investissements, force est de constater que malgré les quelques progrès, le Québec n’a pas réussi à favoriser adéquatement la diplomation de ses adolescents.
Voici mes hypothèses d’explication du manque d’efficacité des moyens utilisés
Le climat d’un milieu est très important pour l’apprentissage. Ce climat dépend du corps professoral, de la direction, mais aussi grandement de la population étudiante du milieu. Dans un milieu, les modèles positifs sont importants pour créer ce climat d’apprentissage et si l’on dépasse plus de 30% d’élèves en difficulté ou peu motivés dans un groupe, dans une école, le risque de créer un climat non favorable à l’apprentissage et à la persévérance est menacé.
Attention – la question du 30% comme point de reperd, à ma connaissance, relève du jugement professionnel. Je n’ai pas de données probantes pour appuyer cet énoncé.
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Le principal problème est la structure de notre système d’éducation en un double système – Privé et Public. Le gouvernement subventionne trop le privé et 20% des meilleures élèves vont au privé. L’une des principales conséquences c’est le fait de vider les écoles publiques de leurs meilleurs éléments. Ceci prive les écoles publiques de modèles positifs pour les autres élèves et prive de favoriser un sain climat d’apprentissage.
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Le système public assume la majorité des élèves en difficulté (les EHDAA) soit 20% alors que le privé n’assume que 12,7% de ces élèves.
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Le système public imite le privé en sélectionnant les élèves pour des programmes particuliers ce qui regroupe les élèves performants et vide encore une fois les classes régulières de modèles positifs.
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Une politique d’inclusion ou d’intégration dans les groupes réguliers au public menace le climat d’apprentissage et les modèles positifs si le nombre d’élèves en difficulté est trop élevé (plus de 10%) et si l’aide et le soutien à l’enseignant ne sont pas présents. Ce qui est le cas dans plusieurs milieux scolaires au Québec.
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Les garçons qui forment la moitié de la clientèle scolaire sont parmi les élèves les plus en difficulté scolaire, les plus représentés chez les EHDAA et ceux qui décrochent le plus. Parmi les 200 000 élèves en difficulté, 70% sont des garçons (É. Royer – 2018)
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L’éducation au Québec, contrairement à la santé et à l’économie n’est pas une priorité.
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Dans l’ensemble, les programmes, les initiatives, les interventions n’ont pas été appuyés sur la recherche et les pratiques re
connues efficaces. Beaucoup de bonnes intentions, peu suivies et peu d’évaluation. -
Note. Concernant le rôle des parents, le ministre Proulx laisse entendre qu’ils ont décrochés. Je ne suis pas porté à mettre le « blâme » sur les parents. Honnêtement je n,ai pas assez d’information pour me prononcer sur ce facteur. bien entendu il est très important.
Hypothèse de solution
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Hypothèse 1. Réduire l’ampleur du système privé de 20% à 5% comme dans les autres provinces en réduisant les subventions.
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Hypothèse 2. Réduire les pratiques de sélection des élèves ou au moins s’assurer que les groupes réguliers soient hétérogènes.
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Hypothèse 3. Favoriser l’inclusion et l’intégration, mais ne pas dépasser plus de 10% d’élèves en difficulté dans les groupes réguliers (2 ou 3 élèves) et assurer l’aide et le soutien aux enseignants. Attention – le principe du 10% cause problème, car il y a une question de droits et liberté. De plus, il faut tenir compte de la gravité des difficultés en question, ce qui viendra influencer le nombre possible d’élèves à intégrer. De plus, la question du soutien de l’élève et de l’enseignant par des professionnels viendra nuancer la question du nombre. Chose certaine, dépasser un certain seuil, la classe devient difficilement gérable pour ne pas dire, une classe spéciale.
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Hypothèse 4. S’assurer d’aider les garçons dans leur vécu scolaire en revoyant la pédagogie possiblement actuellement plus propice aux filles. De plus, avoir davantage d’hommes enseignants tant au primaire qu’au secondaire.
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Hypothèse 5. Diffuser les pratiques pédagogiques et d’interventions préventives qui s’appuient sur la recherche. Accompagner les milieux pour les choisir, les implanter et les évaluer.
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Hypothèse 6. Faire de l’éducation une priorité nationale et faire de la profession enseignante une profession de haut niveau. Avec de meilleurs salaires et une formation améliorée.
Conclusion
Je crains malheureusement que ce soit une révolution de notre système d’éducation qu’il faut entreprendre. Saupoudré des solutions ici et là nous maintiendra là ou nous sommes.
Oui la maternelle 4 ans c’est important, oui un Institut National d’excellence en Éducation peut possiblement aider. Mais cela est tout à fait insuffisant et ne règlera pas notre problème de société.
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Diverses références complémentaires sur les élèves à risque
Trois questions à Égide Royer sur les élèves en difficulté d’apprentissage 15-06-2018
https://www.lefil.ulaval.ca/trois-questions-a-egide-royer/
Rapport de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse sur le système d’éducation du Québec et les élèves EHDAA – juin 2018
http://www.cdpdj.qc.ca/Publications/etude_inclusion_EHDAA_synthese.pdf
Voici un article de Stéphanie Morin dans le devoir -12-06-2018 Élève avec troubles d’apprentissage: il y a urgence d’agir
Voici un article sur le problème des EHDAA – élèves en difficulté
https://www.ledevoir.com/societe/education/529705/s-o-s-pour-les-eleves-en-difficulte
Voici un article complémentaire du devoir 09-05-2018 présentant le point de vue d’Égide Royer de l’Université Laval.
Article d’Égide Royer – 12-06-2018 Réussite scolaire : le gouvernement est loin de la note de passage
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Voici une vidéo et un texte sur notre système inéquitable, réalisé par le Mouvement: L’école ensemble.
https://youtu.be/3XioLWr2bk8?t=117
Une analyse de la proposition de la CAQ sur l’implantation de maternelles 4 ans pour tous
https://enpoussantlecrayon.com/2018/05/28/ce-qui-devrait-etre-attache/
2 réponses à “Le Québec, dernier de classe au Canada dans la qualification de ses élèves – Analyse et hypothèses de solution”