Élèves à risque: est-ce que les interventions sont efficaces?

État de situation

Dernièrement les journaux (semaine du 6 mars 2017) mentionnaient qu’on retrouvait une hausse en deux ans de 15 000 élèves en difficulté dans nos écoles du Québec. D’autre part, les Collèges sont inondés depuis quelques années d’étudiants qui présentent des difficultés d’apprentissage (dyslexie, dysorthographie, etc.). Que se passe-t-il- au juste concernant l’aide aux besoins particuliers des élèves du préscolaire, du primaire et du secondaire?

Hypothèse d’explication

J’identifie quatre hypothèses d’explications possibles au problème persistant des élèves à risque et des élèves EHDAA.

  1. Depuis quelques années on insiste beaucoup (les chercheurs, le ministère de l’Éducation, les professionnels de l’éducation) sur le dépistage tôt des élèves à risque. J’y ai contribué moi-même avec le Logiciel de dépistage Premiers signes du CTREQ. Il est donc possible qu’on soit plus actif à identifier les élèves ayant des besoins particuliers dans nos écoles et que cela contribue à augmenter leur nombre.
  2. Le Gouvernement a coupé (semble-t-il un milliard de dollars $) en éducation. Ces coupures ont eu des effets sur le soutien aux enseignants et sur les services à offrir aux élèves à risque (ayant des besoins particuliers). Coupures de personnels professionnels, de services d’aide.
  3. Tout le domaine de l’adaptation scolaire (politique de l’adaptation scolaire) est à revoir. Selon les dernières statistiques, moins de  50% des élèves du secondaire en adaptation scolaire se qualifient ou obtiennent un diplôme. Il semble bien qu’il faille revoir en profondeur ce qui se passe dans ce secteur de l’éducation.
  4. Malgré les efforts des enseignants et des professionnels de l’éducation (orthopédagogue, psychoéducatrice, orthophoniste, éducatrice spécialisée) tant au préscolaire qu’au primaire, l’aide apporté aux élèves qui présentent des difficultés d’apprentissage et de comportement ne semble pas très efficace.

Pour l’hypothèse 4 je m’appuie sur des données de dépistage et d’analyse longitudinale d’élèves du préscolaire (maternelle 5 ans) et du primaire (1re à la 6e année). Ces élèves ont été identifiés par les enseignantes à l’aide du logiciel Premiers signes. Le tableau ci-dessous présente les résultats d’un dépistage d’élèves du préscolaire et du primaire. Voici la signification des termes utilisés:

  • élève à risque: signifie des élèves qui présentent des difficultés d’apprentissage ou de comportement identifiés par l’enseignante titulaire;
  • sans risque: ce sont des élèves qui ne présentent pas de difficulté;
  • à surveiller: ce sont des élèves qui ne sont pas à risque, mais qui sont susceptibles de le devenir;
  • stable : ce sont des élèves, qui, sur 2 à 5 ans ont conservé leur statut soit de « sans risque », « à risque » ou « à surveiller »;
  • amélioration: ce sont des élèves qui ont amélioré leur statut;
  • dégradation: ce sont des élèves qui n’étaient pas risque et qui le sont devenus.

Le tableau de résultats ci-dessous nous indique qu’en prenant pour acquis qu’il y a de l’aide apportée aux élèves identifiés à risque, les effets bénéfiques ne sont pas très forts: 20% des élèves restent soit à risque ou à surveiller d’une année à l’autre. De plus, 12% des élèves qui n’étaient pas à risque le deviennent au cours des années du primaire. Enfin, la bonne nouvelle, mais ce n’est pas très fort, 17% des élèves se sont améliorés.

Risque

Conclusion

Rien de nouveau sous le soleil, on le dit et redit depuis au moins deux décennies, pour vraiment venir en aide aux élèves à risque et prévenir le décrochage scolaire au secondaire il faut:

  • Faire de l’éducation au Québec une valeur prioritaire;
  • Investir ($$$) en éducation et non pas couper;
  • Réaliser le dépistage systématique tôt et Agir dès les premiers signes;
  • Revoir les pratiques, particulièrement les pratiques orthopédagogiques (apprentissage);
  • Revoir en profondeur la politique de l’adaptation scolaire;
  • Appliquer en classe et à l’école ce que les recherches en éducations découvrent et préconisent;
  • Venir en aide aux parents ayant des enfants en difficulté.

 

4 réflexions au sujet de « Élèves à risque: est-ce que les interventions sont efficaces? »

  1. Bonjour M. Potvin,

    Je suis d’accord avec vos conclusions et il est temps d’agir avec des gestes et non avec des mots. J’exerce mon métier d’orthopédagogue depuis 36 ans (11 ans au sein de groupe et 25 ans en clinique privée). J’ai entendu et vu tellement d’histoire « d’horreurs » et j’ose écrire de « maltraitance scolaire » que je trouve dommage que nous soyons toujours au même point « départ ». Oui, il y a une question d’argent sauf que vos autres conclusions ne sont pas nécessairement seulement une question de sous. Le dépistage précoce et l’intervention ciblée sont une priorité pour augmenter les chances de réussite et d’obtenir un diplôme. Malheureusement, les interventions en milieux scolaires et dans les cliniques privées sont trop souvent de la récupération et non de la rééducation. Pourquoi? Pour commencer, il y a un manque de formation pratique et clinique de la part des orthopédagogues. Ensuite, les meilleures pratiques sont plus ou moins connues ou très peu appliquées dans le monde scolaire. Selon la dernière méta-analyse INSERM 2007, certaines pratiques donnent plus de résultats que d’autres comme la rééducation en individuelle et le dépistage précoce pour tous les enfants d’âge scolaire.
    En ce qui concerne les évaluations par les différents spécialistes, il est important d’effectuer ces démarches dans les règles de l’ART. Les « étiquettes » ne changent pas la réalité de l’enfant au quotidien et il ne reçoit pas toujours les services adaptés à ses besoins sauf que de savoir que l’enfant a trouble de dyspraxie visuo-constructive devrait modifier mon intervention orthopédagogique et cibler mes axes de rééducation. À ce moment, l’intervention fera une différence et donnera des résultats plutôt que d’essayer de refaire des exercices ou de terminer la page du cahier dans un groupe de 3-4 élèves avec l’orthopédagogue.
    Je m’arrête sur ces mots parce que je peux écrire un roman sur le monde de l’intervention orthopédagogique et je suis tellement désolée de rencontrer des enfants qui sont des victimes de notre système scolaire. Des enfants qui n’ont plus d’estime de soi et plus aucun sentiment de compétence.

    Francine Cloutier
    orthopédagogue, médiatrice et auteur
    Don Quichotte Pédagogique

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