Le problème de réussite scolaire des garçons

Dossier : Le problème de réussite scolaire des garçons

Avant-propos

Aborder le problème scolaire des garçons est un sujet sensible où les avis sont très partagés, il n’y a pas de consensus. Pourtant, les statistiques sont là et très parlantes comme on pourra le voir plus loin dans cet article. Il y a une crise actuellement concernant la réussite des garçons et je dirais une crise aussi au niveau de l’identité des hommes. Pour ce qui est des garçons le problème date de plusieurs décennies et est planétaire.

J’aimerais ici bien faire comprendre à mes lectrices et à mes lecteurs, que de se préoccuper du problème des garçons et du problème des hommes n’enlève rien à la réalité qui existe depuis des siècles concernant les problèmes des filles et des problèmes des femmes. Du moins, se préoccuper des garçons et des hommes ne doit en rien nuire à tous les efforts féministes réalisés depuis des décennies afin d’en arriver à une égalité homme/femmes dans notre société. Égalité au niveau du rôle social, familial et au niveau économique.

Pour terminer sur cet avant-propos, j’aimerais préciser que je suis « féministe » (pour la promotion de l’égalité des femmes et des hommes) et que depuis plus de 20 ans je fais de la recherche évaluative sur la sécurité des femmes victimes de violence conjugale en collaboration avec la directrice de La Séjournelle  (maison pour femme victime de violence conjugale) Denise Tremblay.

État de situation 1 : le problème de la réussite scolaire des garçons au primaire et au secondaire

La question de la réussite scolaire des garçons comparée à celle des filles suscite de vifs débats depuis de nombreuses années. De nombreux travaux de recherche ont été réalisés sur le sujet et ce problème préoccupe les acteurs de l’éducation depuis plus de 20 ans. Préoccupation scolaire au départ, cette réalité est devenue un problème de société. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, l’état de la question est loin de faire l’unanimité.

Un courant dominant laisse entendre que les garçons réussissent mal à l’école et que celle-ci n’est pas adaptée à leurs caractéristiques et à leurs besoins (J’en fais partie). Ce problème serait même accentué en milieu défavorisé. Les dernières années ont vu poindre un autre point de vue qui a tendance à minimiser le problème des garçons à l’école. Ainsi, en 2012 la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) (1) publiait un document ayant pour but de déconstruire les mythes au sujet de la problématique des garçons à l’école et de rétablir les faits. Ce document s’appuie sur des faits qui relativisent la question du problème des garçons. On y démontre que les garçons sont surtout en difficulté en français et qu’ils sont supérieurs aux filles en mathématiques et en sciences (je crois qu’actuellement les filles sont au même niveau ou dépassent les garçons – re : OCDE), qu’il y a plus de différences dans la réussite scolaire selon l’origine sociodémographique qu’entre les sexes, que c’est un mythe de croire que l’école au féminin nuirait à la réussite des garçons et ainsi de suite. Cette position de la CSQ rejoint en bonne partie le point de vue de St-Amant (2007) (8), qui fait une analyse semblable. Il rejoint également les constats de la synthèse de méta-analyses d’Hattie (2009) (4), qui s’étonne des débats sur le problème des garçons, alors que la variable sexe n’est pas une variable de grande importance dans l’apprentissage et le rendement scolaire.

Cloutier (2004) (2) a un point de vue différent de ce qui est présenté plus haut et englobe le problème des garçons dans ce qu’il appelle les vulnérabilités masculines et précise que malgré le contexte d’une dominance masculine clairement et largement inscrite dans l’univers humain, les vulnérabilités masculines existent et sont largement perceptibles.

En effet, dans plusieurs domaines d’intervention psychosociale, on observe que les individus de sexe masculin risquent davantage de vivre des difficultés au cours de leur vie. Par exemple :

  • dès la naissance, il semble que les garçons rencontrent plus de difficultés que les filles. Par exemple, pour chaque tranche de 1 000 naissances vivantes, 5,8 garçons meurent la première année de leur vie, comparativement à 4,7 filles. De 1 an à 4 ans, les garçons sont beaucoup plus susceptibles d’être hospitalisés que les filles (3)
  • les filles se développent plus rapidement que les garçons durant la petite enfance (3).
  • les garçons manifestent plus de problèmes de comportement que les filles durant la petite enfance. Par exemple, les garçons de 5 ans sont moins attentifs (note de 8,5) que les filles (note de 9,3). Environ 16 % des garçons de 4 à 11 ans ont un comportement agressif, comparativement à seulement 9 % des filles, et 14 % des garçons du même groupe d’âge sont hyperactifs comparativement à seulement 6 % des filles (3).
  • les garçons présentent plus de comportements agressifs et subissent plus de suspensions internes et externes à l’école
  • les garçons ont plus de chances de subir des accidents physiques,
  • ils risquent d’avoir plus de problèmes de langage,
  • présentent plus de retards et de difficultés d’apprentissage,
  • plus de redoublements tant au primaire qu’au secondaire,
  • plus de difficultés en lecture et en écriture,
  • plus de retards et de problèmes de langage,
  • plus de dyslexie
  • plus d’autisme
  • plus de décrochage scolaire (le taux de diplomation des garçons est inférieur de près de 8 % à celui des filles (MELS, 2011).
  • on retrouve une proportion de plus de 3 garçons pour 1 fille dans les classes spéciales (6)
  • d’avoir des problèmes avec la justice, des comportements antisociaux, de la délinquance ou des troubles de comportement, la prévalence du rapport garçons/filles est de 4 à 1 (2)
  • de présenter des conduites suicidaires (3 fois plus de suicides chez les hommes comparé aux femmes)

État de situation 2 : le faible taux d’hommes inscrits à l’université

Le problème de réussite des garçons au primaire et au secondaire semble avoir aussi des conséquences au niveau universitaire. À l’université le problème concerne le fait que les inscriptions des hommes comparées à celles des femmes déclinent de plus en plus depuis quelques années.

La Presse canadienne (2015) (7) présentait les données de l’Institut de la statistique du Québec précisant que la scolarisation universitaire chez les femmes présentait un écart de 10 points entre les jeunes femmes et les jeunes hommes. Chez les Québécois âgés de 25 à 34 ans, la proportion de titulaires d’un grade universitaire atteint 29,9 % soit 24,5 % chez les jeunes hommes et 35,3 % chez les jeunes femmes. Ce constat ne semble pas propre au Québec, car en Ontario on observe le même écart.

La tendance s’accentue, en 2003, 38,8 % des femmes de 19 ans ont fréquenté l’université, comparativement à 25,7 % des hommes, soit un écart de 13,1 points (3).

Une publication de Statistique Canada (2008) en référence avec une étude des chercheurs de Statistique Canada (3), ont tenté d’expliquer Pourquoi les femmes sont-elles devenues majoritaires à l’université?

Ces chercheurs établissent d’abord le profil des filles et des garçons de la naissance jusqu’à 15 ans.

  • dès le début de la scolarisation, les garçons accusent du retard par rapport aux filles dans plusieurs aspects physiques, cognitifs et affectifs
  • à mesure que les jeunes progressent dans le système scolaire, les écarts entre les sexes ont tendance à s’accentuer
  • à 15 ans, moment où bien des jeunes commencent à envisager les avenues possibles après le secondaire, les filles ont un bien meilleur rendement scolaire que les garçons.

Piste d’explication de l’écart entre les sexes des taux d’inscription à l’université

La question suivante est posée par les chercheurs : dans quelle mesure les avantages dont bénéficient les filles à 15 ans expliquent l’important écart entre les sexes quant à l’inscription à l’université à 19 ans.

  • plus des trois quarts (76,8 %) de cet écart peuvent être expliqués par des différences entre les garçons et les filles pour certaines caractéristiques observables. Les principaux facteurs sont les différences dans :
    • les notes scolaires obtenues à 15 ans,
    • les notes aux tests normalisés de lecture obtenues à 15 ans
    • le temps consacré aux devoirs
    • les attentes des parents et
    • les gains supérieurs associés à un diplôme universitaire comparativement à un diplôme d’études secondaires.
  • Les résultats aux tests normalisés de lecture, les notes moyennes globales et le temps consacré aux devoirs sont tous des facteurs associés de façon positive à l’inscription à l’université. Cette association est, en grande partie, sans égard au sexe.
  • Comme l’ont montré d’innombrables études, le niveau d’études des parents est positivement corrélé à la poursuite d’études universitaires, et ce, dans la même mesure pour les filles que pour les garçons
  • Les attentes parentales envers leurs enfants jouent un rôle important. L’accroissement des attentes parentales est associé à un accroissement du taux d’inscription à l’université, et la relation est plus forte chez les filles.

Conséquences possibles du problème de scolarisation des garçons et des hommes 

L’une des conséquences possibles est le passage à une autre inégalité des sexes Homme/Femme, mais à l’envers avec une absence importante des hommes et une prédominance des femmes dans les professions.

On a souffert et on souffre encore du manque d’égalité homme/femme dans notre société. L’histoire de l’humanité démontre bien que dans son ensemble,  il y a eu une domination par les hommes à plusieurs niveaux : politique, économique, social, religieux.

Au Québec et ailleurs dans le monde on travaille fort à rétablir l’équilibre et l’égalité homme/femme. Le grave problème démontré plus haut concernant les difficultés de scolarisation des garçons et des hommes risque de menacer à l’avenir cette recherche d’équilibre.

Si les garçons continuent à présenter des difficultés importantes au niveau de leur scolarisation et s’il y a de moins en moins d’hommes formés à l’université, ceci veut dire de moins en moins d’hommes professionnels : ingénieur, médecin, avocat, notaire, comptable, juge, architecte, psychologue (c’est le cas actuellement), psychoéducateur (c’est le cas actuellement), enseignant (c’est le cas actuellement) etc.

Les solutions

Il existe de nombreuses solutions, car le problème est multifactoriel. Les principales solutions passent par : l’éducation familiale, le rôle des pères, les attentes parentales, l’école et la société en général.

L’éducation familiale

La famille est le lieu de socialisation de choix et le lieu par excellence pour le développement de l’identité des garçons et des filles. Les parents sont les premiers modèles de ce qu’est un homme et une femme dans notre société. Un modèle de l’égalité des hommes et des femmes dans un partage équilibré de rôle et de tâches qui concernent l’éducation des enfants. Tout en respectant les différences individuelles les rôles et les tâches sont le moins possible « sexués ». Chose certaine, il ne doit pas y avoir de privilèges d’attribués pour des raisons de genre (garçon vs fille, homme vs femme, père vs mère).

Le rôle paternel des hommes

Les hommes doivent activement jouer leur rôle de père et d’engagement vis-à-vis des études de leur fille et de leur garçon. Pour corriger la situation actuelle du problème des garçons, une attention particulière doit cibler les garçons. Valoriser les études, l’effort, la persévérance. Éduquer à l’auto contrôle du « plaisir » et voir à l’investissement dans les travaux scolaires.  Également pour corriger la situation actuelle attribuer plus de tâches au père en ce qui concerne l’école (visite parentale, lien avec les professeurs, etc.). La tendance actuelle est que les mères s’occupent davantage des études.

Les attentes parentales

Plusieurs études ont bien démontré le pouvoir des attentes parentales ou des enseignants sur le comportement des enfants. Des attentes positives, élevées, mais réalistes envers les enfants et les adolescents sont souhaitables. Ces attentes doivent être accompagnées de soutien à leur réalisation de la part des parents.

L’école

Bien entendu l’école joue un rôle crucial dans la réussite des garçons et des filles. Il faut apprendre aux garçons à s’adapter aux conditions nécessaires à l’apprentissage, mais il faut revoir en profondeur la culture de l’école qui est conçue davantage pour les filles que pour les garçons. Tout le climat pédagogique de l’école actuelle et d’avant correspond à la nature des filles (coopérer, attentive, concentré, etc.). Il y a eu beaucoup d’effort pour changer la pédagogie (rendre l’apprentissage actif, apprentissage par les projets, etc.), malgré tout, ce n’est pas suffisant. Il faut davantage de situation active, d’activités physiques, d’expérimentation, de recherche, etc.

Augmenter la présence masculine à l’école afin d’apporter une autre vision de l’éducation et rejoindre davantage les garçons.

Références

(1) Centrale des syndicats du Québec (CSQ) (2012). Le décrochage et la réussite des garçons : déconstruire les mythes, rétablir les faits.

(2) Cloutier, R. (2004). Les vulnérabilités masculines. Une approche biopsychosociale. Éditions de l’Hopital Sainte-Justine, Montréal.

(3) Frenette, M. et Zeman, K. (2007). Pourquoi la plupart des étudiants universitaires sont-ils des femmes? Analyse fondée sur le rendement scolaire, les méthodes de travail et l’influence des parents, Direction des études analytiques : documents de recherche, produit numéro 11F0019MIF au catalogue de Statistique Canada, numéro 303. Statistique Canada (2008). http://www.statcan.gc.ca/pub/81-004-x/2008001/article/10561-fra.htm

(4) Hattie, J. (2009). Visible learning. A synthesis of over 800 meta-analyses relating to achievement. Routledge Ed.

(5) Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) (2011): Taux annuel de sorties sans diplôme ni qualification (décrochage), selon le sexe, ensemble du Québec, de 1999-2000 à 2009-2010 (données officielles). Système Charlemagne, novembre 2011.

(6) Ministère de l’éducation des loisirs et du sport (MELS). (2009). À la même école – Les élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage : évolution des effectifs et cheminement scolaire à l’école publique. Document consulté le 30 avril 2012 de http://www.mels.gouv.qc.ca/sections/publications/publications/SICA/DRSI/ALaMemeEcoleEHDAA_f.pdf

(7) Presse canadienne (2015) http://www.lapresse.ca/vivre/societe/201412/11/01-4827312-universite-important-ecart-entre-les-jeunes-hommes-et-femmes.php

(8) St-Amant (2007). Les garçons et l’école. Éditions Sisyphe. Collection contrepoint. Montréal

 

Conférence que j’ai réalisée sur le problème scolaire des garçons (PowerPoint)

 

http://www.pierrepotvin.com/6.%20Publications/Colloque_Garcon_Sherbrooke.pdf

3 réflexions au sujet de « Le problème de réussite scolaire des garçons »

  1. Ce qui arrive aux hommes et aux garçons serait peut-être lié au patriarcat.
    Les hommes ont bénéficié depuis des milliers d’années du système socio-politique qui organisait l’oppression, c’est-à-dire le patriarcat.
    Les hommes occupaient toutes les sphères de la société, héritaient des terres et des fortunes familiales. Les garçons n’avaient pas de concurrence dans les écoles avancées puisque les femmes en étaient exclues: Médecine, Notariat, Droit, Hautes Études Commerciales… La majorité des femmes étaient limitées au travail domestique gratuit par le mariage.
    Des changements profonds de société sont en train de se produire. Les hommes et les garçons vont devoir prendre acte que les rapports de genre sont des rapports de force et qu’ils devront changer.

  2. la tendance actuelle est que les « femmes » s’occupent davantage des » Enfants »: éducation, instruction, etc…
    on les retrouve majoritaires dans les professions de support et d’entraide…
    où sont, que font les hommes….???
    quels seraient les avantages d’une adaptation de l’école à leur nature actuelle???
    pourquoi pas une école alternative….

  3. De fait, les temps ont bien changé…

    Les progrès apportés par le courant féministe ont nettement favorisé l’accès aux études et la performance scolaire des filles. De nos jours, les filles peuvent avoir de l’ambition professionnelle. Il y a quelques décennies, il n’y avait pas de compétitions possibles entre les garçons et les filles en raison, entre autres, de l’orientation professionnelle des filles qui se dirigeaient ailleurs que dans des fonctions libérales.

    Présentement, les garçons et les filles peuvent espérer à une orientation universitaire. Toutefois, l’école m’apparait, par sa structure, favoriser la performance des filles. Les tâches effectuées demandent, entre autres, beaucoup de raffinement, de la précision et de l’attention continue sur de nombreuses heures, sans aucune activité physique significative. Les petites récréations ne suffisent pas. Dans un tel contexte, les garçons me semblent quelque peu perdants. Leur intérêt scolaire est touché négativement. Le trouble d’attention avec hyperactivité peut se corriger avec de la chimie mais je me questionne beaucoup sur la problématique de l’environnement scolaire qui jouerait un rôle sur l’effet biochimique observé.

    Le mouvement actuel des commissions scolaires qui encourage des activités plus équilibrées comme les programmes de sport-étude, rejoint positivement les filles et les garçons et va permettre aux garçons de réaliser leur scolarisation avec plus de satisfaction. J’ai confiance que ce mouvement aidera beaucoup les jeunes à se réaliser à l’école et les garçons en profiteront grandement. Le mouvement vers plus d’équilibre dans l’organisation scolaire donnera une chance aux garçons de mieux réussir.

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