L’école de demain -Antoine Baby

Un remède sociologique pour l’anxiété de performance des adolescents
Les écoles québécoises doivent être revues et corrigées afin
d’éliminer le système sélectif et discriminatoire en place.

Antoine Baby, Le Devoir, 21 juin 2021
Extrait réalisé par Raynald Horth.

Je propose ici un commentaire du « Plan de relance pour la réussite éducative » lancé récemment par le ministre Roberge. Je le ferai à partir d’une conviction acquise au fil du temps que l’on pourrait résumer ainsi : une collectivité donnée n’a jamais d’autre école que celle des gouvernements qu’elle se donne. Si nous voulons avoir une école progressiste, nous devons d’abord avoir un gouvernement progressiste. Dans l’histoire récente du Québec, cela s’est produit une seule fois, au début des années 1960, grâce à Paul-Gérin-Lajoie et à la commission Parent. Les successeurs n’ont pas su garder le cap.

Le Plan de relance est celui d’une école d’obédience néolibérale dont le rôle est de maintenir en l’état les structures et le fonctionnement d’une économie néolibérale.

Pour remplir ce rôle, il faut une école capable de produire et de maintenir des différences fonctionnelles entre les personnes de manière à fournir une force de travail stratifiée-hiérarchisée adaptée à la nature d’une économie de ce type. Il faut donc en fin de compte disposer d’une petite élite de gens très instruits et possédants pour prendre les commandes, mais aussi des gens moyennement instruits pour mettre en place les impératifs de la production et finalement des gens peu instruits pour la production ou pour constituer une sorte de réserve de main-d’œuvre.

L’école québécoise actuelle fait très bien ce travail avec ses filières sélectives au secondaire où la réputation d’une école est basé sur la réussite scolaire des plus forts et où l’affectation des élèves moins forts se fait irréductiblement par relégation dans les voies inférieures. Dans de nombreuses écoles, la filière qu’on appelle « le régulier » est devenue un véritable foutoir dans lequel s’entasse des difficultés scolaires de toutes natures souvent incompatibles les unes avec les autres. Cette mixité dysfonctionnelle a un effet déprimant sur la motivation et le moral des élèves.

Les efforts surhumains déployés par le personnel enseignant pour remédier à cet état de fait ne peuvent malheureusement pas grand-chose tant que nous aurons des écoles à filières sélectives et que nous aurons des gouvernements néolibéraux.

Et la primaire prépare bien le terrain en instaurant un système d’évaluation quantitative dans lequel l’élève est comparé à ses camarades de clase plutôt qu’à lui-même privément. Ainsi, la réputation d’un élève se construit et de solidifie à la manière d’un algorithme où l’effet Pygmalion joue dans les deux sens. Ceux et celles qui en septembre arrive en classe avec une réputation d’être des « bolés », le demeurent la plupart du temps. Ceux et celles qui arrivent en classe avec la réputation d’être « poches », le demeurent la plupart du temps.

J’avance comme hypothèse de travail que cette école hautement sélective et discriminatoire est un facteur très important de la détresse des enfants et des adolescents comme elle se manifeste dans l’anxiété de performance, le manque d’estime de soi et la perte d’autonomie. Et je pousse l’audace jusqu’à penser que les suggestions ci-dessous

pourraient bien constituer un remède sociologique contre l’anxiété de performance des ados.

Que faire pour se débarrasser d’une école qui ne sert qu’à assurer la reproduction? Suivant mon postulat de départ, rien de moins que de se donner un gouvernement progressiste qui s’engage à nous donner une école dont la mission première sera de former des citoyens et des citoyennes capables de prendre en main leur destinée.

Cette école s’appelle école fondamentale. Premièrement, elle comporte un tronc commun pour les neufs premières années. Celui-ci assure à tous et à toutes le bagage nécessaire pour vivre une citoyenneté pleine et entière. Deuxièmement, cette école n’a pas de structures de filières sélectives de classement et de relégation. La composition d’une classe y est hétérogène. À partir de la septième année, elle offre un véritable régime d’options exploratoires que les paliers supérieurs n’ont pas le droit de pervertir en préalables ou en prérequis. Troisièmement, dans cette école, il n’y a pas d’autres évaluations que les évaluations qualitatives faites privément où l’élève est comparé à lui-même et non à ses camarades. Quatrièmement, dans chaque classe du primaire, il y a toujours plus d’un adulte. Cela permet de régler

les problèmes au fur et à mesure qu’ils se présentent. Outre les titulaires, on y retrouve des stagiaires en formation auxquels s’ajoutent des aides-enseignants recrutés parmi les candidats à la formation des maîtres où l’expérience en milieu éducatif est une exigence d’admission.

À quelques nuances près, ce que je viens de proposer est déjà une réalité dans les pays scandinaves et en Finlande où moins de 1% de chaque cohorte quitte la scolarité obligatoire sans diplôme. Sans compter que, de l’avis de la Dre Montreuil, de l’Université McGill, les jeunes finlandais soufrent moins d’anxiété que les jeunes d’Amérique du Nord.

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