Nous sommes Québécois : le nationalisme et l’interculturalisme québécois

 

Les origines historiques du nationalisme québécois

Le nationalisme québécois s’est développé au cours des siècles à partir de la colonie de la Nouvelle-France et par la suite plus fortement suite à la Conquête britannique de 1760 avec un pique lors de l’arrivée de la Révolution tranquille.

Après la Conquête britannique, c’était avant tout une idéologie axée sur la survivance des canadiens-français au sein du Canada. Celui d’une nouvelle nation en terre d’Amérique et de sa résistance face à l’assimilation anglo-saxonne.

L’accent de survivance s’accentue après l’Union des Canada (1841). L’ancienne majorité franco-catholique du Bas-Canada  bascule en infériorité et en position marginale dans le « Canada-Uni » où le nationalisme libéral s’accommode de l’impérialisme britannique et de l’ultramontanisme du clergé catholique.

Le rôle du clergé catholique d’ultramontanisme.

Les Patriotes prônaient des idées libérales, démocratiques et laïcistes tout à fait à l’opposition du clergé catholique et son approche d’Ultramontanisme et conservatrice qui condamnait bec et ongle le libéralisme et accordait une importance primordiale à la foi catholique et au devoir de soumission à l’autorité légitime anglaise. Ce fut alors une longue période (jusqu’à la Révolution tranquille) d’un puissant nationalisme catholique, qui domina la société québécoise durant un siècle.

Dans cette approche Ultramontanisme et conservatrice du clergé catholique canadien-français, face à la crainte de l’assimilation par la majorité anglophone, l’on renforce le modèle des sociétés de type traditionnelles en rejetant l’idée que le peuple est souverain et que l’Église et l’État doivent être séparés[1]. Les valeurs conservatrices sont renforcées et l’on censure toutes les idées et la littérature du siècle des Lumières et des communautés libérales et scientifiques de la France, des États-Unis et de la Grande-Bretagne.

L’idéologie de la survivance passe donc par l’obéissance à l’État, la censure, le contrôle des institutions sociales par l’Église (éducation, santé, etc.) et la promotion des valeurs traditionnelles et familiales dont le but est l’accroissement du nombre de Canadiens-français catholiques[2].  Cette censure de l’Église va affecter sévèrement le développement social, économique et culturel normal de la province de Québec jusqu’à la Révolution tranquille.  

D’une idéologie de la survivance des canadiens-français à un nationalisme orienté vers la souveraineté

L’on prend conscience de notre identité de « colonisé ». Le peuple québécois a été culturellement aliéné et dépersonnalisé. La seule solution devient l’indépendance nationale afin de nous libérer de la domination coloniale du Canada anglais.  C’est la naissance de la Révolution tranquille et du Parti québécois durant les années 1960-1970. Un vent de fraîcheur souffle sur le Québec et s’actualise en un processus de modernisation de l’État québécois. Émerge alors un nouveau nationaliste visant la libération nationale et la formation d’un pays.

Le pluralisme, la diversité, la majorité dominante,

Le Québec se transforme, l’immigration et l’intégration des différentes ethnies font leur œuvre et transforme le visage du Québec. Pointe alors des idées démocratiques qui inspirent une nouvelle façon de concevoir le nationalisme québécois. La nation québécoise comme entité politique doit pouvoir réunir diverses communautés socioculturelles afin de répondre au défi du pluralisme de la société québécoise.

Dans ce contexte, la culture québécoise doit s’appuyer sur un fondement symbolique (langue commune, valeurs, croyances, symboles, identités, traditions…). L’État quant à elle doit se soucier de maintenir et de protéger cette culture. De plus, ce fondement symbolique est forgé dans l’histoire, et est davantage associé à la culture fondatrice ou majoritaire.

L’interculturalisme québécois et le multiculturalisme canadien

Dans l’évolution de la société québécoise et canadienne, deux visions s’affrontent : le multiculturalisme canadien et l’interculturalisme québécois qui sont deux visions politiques et historiques diamétralement opposées.

L’origine de l’interculturalisme. Le Québec a rejeté la politique canadienne du multiculturalisme adoptée en 1971, le premier ministre Robert Bourassa ayant fait valoir que ce modèle ne convenait pas à la situation et aux aspirations du Québec.

L’interculturalisme québécois veut échapper aux dogmes du multiculturalisme canadien afin que la majorité historique de langue française au Québec[3] ne devienne pas un groupe culturel parmi d’autres comme c’est le cas avec l’approche du multiculturalisme canadien du gouvernement fédéral..

L’interculturalisme, contrairement au multiculturalisme canadien, reconnaît qu’au Québec il y a une majorité francophone et l’existence d’une culture commune. La culture québécoise. Cette culture doit servir de socle pour l’intégration des immigrants. Sans être assimilés, les immigrants s’intègrent et adoptent les valeurs de la culture québécoise et contribue à la nourrie.

La culture québécoise est bien vivante, elle n’est pas qu’histoire et origines, elle est moderne, distincte au sein de la francophonie et passablement métissée. Elle s’est nourrie des influences françaises, anglaises et américaines, de même que d’autres influences (irlandaises, grecs, italiennes, haïtiennes, etc.).

Le multiculturalisme canadien

Il faut donc reconnaître qu’a son origine, le multiculturalisme est une politique fédérale, conçue et mise en œuvre pour minoriser le Québec et briser l’élan qu’il avait pris depuis la Révolution tranquille.

Ce multiculturalisme fut mis de l’avant par le premier ministre Pierre-Eliott Trudeau, en 1971 et enchâssé dans la Charte canadienne des droits et libertés, en 1982. Ce multiculturalisme rabaisse le peuple québécois à un statut de gros groupe ethnique appelé à coexister avec d’autres groupes ethniques au sein d’une diversité dépourvue d’ancrage dans une culture commune. C’est impensable pour le peuple québécois.

Ma vision du nationalisme et de l’interculturalisme québécois

  • Le Québec est une Nation distincte avec sa langue (le français) et sa culture;
  • Tous les habitants du Québec sont des Québécois;
  • Au Québec, il y a une majorité francophone et l’existence d’une culture commune;
  • Cette culture sert de socle à l’intégration des immigrants. Il leur est demandé (aux nouveaux arrivés) de parler la langue officielle du Québec – le français et d’adhérer aux valeurs de la culture québécoises (démocratie, laïcité, égalité homme/femme, primauté du droit, l’exercice des droits et libertés de la personne se fait dans le respect de ceux d’autrui et du bien-être général, etc.) ;
  • Il n’est pas demandé aux immigrants de s’assimiler. Ils peuvent conserver des aspects de leurs culture et de leurs valeurs à la condition que ce ne soit pas en contradiction avec la culture et les valeurs québécoises. Ainsi, les nouveaux arrivés, sans être assimilés, s’intègrent et adoptent les valeurs de la culture québécoise et la nourrissent.
  • Contrairement à ce que prône le multiculturalisme, le peuple québécois n’est pas un peuple avec un statut de gros groupe ethnique appelé à coexister avec d’autres groupes ethniques au sein d’une diversité dépourvue d’ancrage dans une culture commune.

Certaines interdictions (selon mon point de vue –pas appliquées nécessairement actuellement)

  • En aucune façon une pratique culturelle ou religieuse ne doit venir remettre en cause le bien-être général de la population;
  • D’une façon générale il n’y n’a pas d’accommodement qui a pour motivation une pratique religieuse. Le Québec étant un État laïque;
  • Il n’y n’a pas d’accommodement qui touche la valeur fondamentale d’égalité homme/femme (exemple, en santé, une femme qui demande d’être vue par un médecin homme);
  • Le port du voile – Niqab et Burqa n’est pas accepté dans l’espace civique et publique, car il contrevient à la valeur fondamentale d’égalité homme/femme;
  • Autres (à venir)

Références

Ce texte fut inspiré par les lectures des articles suivants :

Beaudry, B. (2015). Nationalisme francophone au Québec.
https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/nationalisme-francophone-au-quebec

Wikipédia. Nationalisme québécois.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Nationalisme_qu%C3%A9b%C3%A9cois

Fatima Houda-Pépin. Le PLQ. Le parti de l’interculturalisme. JDM 10 août 2019
https://www.journaldemontreal.com/2019/08/09/plq-le-parti-de-linterculturalisme

Robert Dutrisac. Jeunes Libéraux : division sur l’interculturalisme. 10 août 2019 Le Devoir
https://www.ledevoir.com/opinion/editoriaux/560411/jeunes-liberaux-divisions-sur-l-interculturalisme

Gérard Bouchard. Des malentendus autour de l’interculturalisme Le Devoir 15 août 2019.
https://www.ledevoir.com/opinion/idees/560626/des-malentendus-autour-de-l-interculturalisme?utm_source=infolettre-2019-08-15&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

 

Autre texte intéressant

Gérard Bouchard. Des malentendus autour de l’interculturalisme Le Devoir 15 août 2019.
https://www.ledevoir.com/opinion/idees/560626/des-malentendus-autour-de-l-interculturalisme?utm_source=infolettre-2019-08-15&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

Guillaume Rousseau. Des malentendus autour de la convergence culturelle (Le Devoir 16 août 2019
https://www.ledevoir.com/opinion/libre-opinion/560692/des-malentendus-autour-de-la-convergence-culturelle?utm_source=infolettre-2019-08-16&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

 

[1] Il existe un pacte entre l’Église catholique et le colonisateur anglo-saxon. Laissez-nous le contrôle du peuple canadien-français par notre langue et notre religion et l’on vous assure la paix sociale par l’obéissance (Potvin, 2019).

[2] L’Église survalorise les grosses familles, la défense contre la contraception et l’avortement. La femme devient une génitrice (Potvin, 2019 – inspiré par ma conjointe Yolande Potvin Historienne des mentalités).

[3] Le Québec qui est la nation cofondatrice du Canada.

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