(Le pape François). Dans une condamnation tonitruante de l’avortement l’Église de Rome, traditionaliste, continue de s’opposer à la science en matière d’avortement

Dans une condamnation tonitruante de l’avortement l‘Église de Rome, traditionaliste,  continue de s’opposer à la science en matière d’avortement

Texte rédigé par

Yolande Potvin
historienne des mentalités
23 octobre 2018

C’est dans son homélie prononcée, mercredi le 10 octobre 2018, lors de sa traditionnelle audience place Saint-Pierre, que le pape François a énoncé ce qui suit: « Ce n’est pas juste de se débarrasser d’un être humain, même petit, pour résoudre un problème. C’est comme avoir recours à un tueur à gage pour résoudre un problème. » Alors, selon ce pape, les médecins qui pratiquent des avortements sont ni plus ni moins des tueurs à gage. Et les femmes qui ont recours à ce genre de médecin deviennent complices d’un meurtre?

Le propos du pape François démontre qu’il adhère pleinement au discours des traditionalistes qui dominent l’Église de Rome depuis la prise de position absolutiste et gravement erronée du pape aristocrate Pie IX en matière d’avortement. L’histoire peut révéler des choses extrêmement importantes sur les comportements anti-science de l’Église en matière d’avortement. Suivez-moi, à travers une plongée dans l’histoire, qui essaie d’être brève, et j’espère que vous aurez une meilleure vision sur le sujet.

Le 12 octobre 1869, Pie IX promulgue la bulle Apostolicae Sedis dans laquelle il rend explicite la position de l’Église romaine contre toutes sortes d’avortement, à savoir tout avortement direct ou indirect, de même que l’avortement fondé sur des indications thérapeutiques ou des opérations chirurgicales favorisées notamment par les progrès de la médecine. Ce n’est pas pour rien que Pie IX parle d’avortement direct ou indirect,  fondé sur des indications thérapeutiques ou encore survenant au moyen d’une opération chirurgicale dicté par les progrès de la médecine. En Occident, au début du 19e siècle, la femme détient le pouvoir décisionnel en matière de régulation des naissances, la loi lui donne ce pouvoir pendant les premiers mois de la grossesse; l’avortement est alors reconnu comme le moyen contraceptif le plus efficace, mais dans les premières décennies du 19e siècle, la femme qui recourt à ce moyen risque la mort. Sauf que la médecine progresse au point qu’en 1840, quantité de médecins sont devenus capables de pratiquer l’avortement en toute sécurité concernant la vie de la femme. Et une foule de théologiens se penchent sur toutes les situations où peut se produire un avortement. Cette situation en 1840 fatigue l’Église de Rome laquelle désapprouve que la femme puisse détenir un tel pouvoir décisionnel et redoute, qu’avec un avortement sécuritaire, la femme utilise davantage ce moyen pour réguler les naissances. Aussi ce n’est pas par hasard si Pie IX détaille différents genres d’avortement et précise qu’il condamne toutes les sortes d’avortement. Des réactions surviennent chez des médecins ainsi que chez des théologiens face à cette déclaration de Pie IX. En 1869, la médecine s’est beaucoup développée, des médecins  affirment que, dans certains cas, le fœtus n’est pas viable qu’il y ait avortement ou non, mais par contre sans avortement c’est la mort assurée de la femme. Devant ce genre de situation, nombre de théologiens comprennent que les médecins se doivent alors de sauver la vie de la femme. Mais le 24 juillet 1895, le Saint-Office, adopte l’absolutisme aveugle du pape Pie IX en condamnant non seulement  tout avortement de fœtus non viable mais en condamnant aussi les médecins qui, pour sauver la mère, provoquent l’avortement même si leur but n’est pas de tuer l’enfant, mais de sauver la mère; alors clairement l’Église de Rome exige que ces médecins obéissent aveuglément à l’Église en laissant mourir la femme. Ce qui se dégage de la position de  Pie IX, et des papes qui vont le suivre, c’est qu’ils imposent une loi absolutiste, drastique et violente comme si l’important est cette obéissance aveugle aux décisions de Rome et quant à la vie des femmes…….voyons donc…qu’elles meurent tout simplement puisqu’il n’est pas question de toucher le moindrement à cette loi émanant d’un pape agissant comme s’il possédait la Vérité et était infaillible sur le sujet (ce qui est faux).  À cause de cette loi émanant de Pie IX, et adoptée par les papes qui vont suivre, quantité de femmes vont injustement trouver la mort: ainsi une culture de mort à l’endroit de la femme va s’implanter chez les papes traditionalistes. 

La position prise par Pie IX, a eu comme conséquence que le Code canonique a été modifié afin d’abolir la distinction entre le fœtus animé et le fœtus inanimé, position adoptée par certains théologiens et certains papes au cours de l’histoire de l’Église. Cette histoire de fœtus animé et de foetus inanimé désigne tout simplement la période où le fœtus est inanimé et celle où il est animé (où il bouge dans l’utérus). Saint Augustin (354-430) croyait qu’on ne peut parler d’être humain durant la période du « fœtus inanimé » mais par contre on peut parler d’être humain rendu à la période du « fœtus animé »; selon lui, ce qui n’est pas formé n’est pas animé, par conséquent, il n’y a pas homicide; on ne peut priver d’âme ce qui n’en a pas. Saint Augustin avait saisi qu’il existait un processus évolutionniste où pendant une période, on ne peut pas parler d’être humain, alors que plus tard, arrive une autre période où c’est le contraire.

Des scientifiques se sont prononcés sur le sujet au cours du 20e siècle et tous leurs discours aboutissent au fait que c’est anti-science que de parler aussi aveuglément que le font les papes, à la suite de Pie IX.  Tout au long du 20e siècle (et elle continue au 21e siècle) l’Église romaine, dans ses interventions régulières contre l’avortement, répand l’idée que la vie commence dès la conception. Des scientifiques sont intervenus face à ce genre de raisonnement, en disant que la vie ne commence pas au moment de la conception, elle existe depuis des milliards d’années; la vie est dans le spermatozoïde isolé et l’ovule isolée bien avant qu’ils se rencontrent. La conception est l’élément déclencheur de la construction d’un organisme et cette construction, soumise à un processus évolutionniste, passe par différents stades où s’effectuent des changements de plus en plus importants avec le temps; tout ce processus conduit vers la réalisation finale, à savoir que l’organisme du début acquiert, à un moment donné, les caractéristiques de l’être humain.  Un neurologue réputé, soit le Dr Julius Korein, spécialisé dans le développement du cerveau depuis l’œuf fécondé jusqu’à l’état de cerveau humain, a même pu préciser que… 

avant la vingtième semaine de la grossesse, le fœtus est un organisme en construction, et non un être humain.

C’est seulement après la vingtième semaine, a-t-il poursuivi, que le fœtus devient biologiquement un être humain. Alors une vie commence à habiter le cerveau du fœtus après la vingtième semaine.

Incessamment abusif, durant tout son règne, Pie IX, ce pape aristocrate, n’accepte pas que quiconque vienne abréger sa « loi » contre l’avortement laquelle se présente comme entière, totale, absolutiste triomphant de tous les avortements possibles et imaginables. Je ne suis pas surprise que devant les cas qui se sont présentés où il était question de sauver la vie de la femme qu’il ait réagi comme si: « Voyons donc, ne touchez pas à ma « loi »! Que la femme meure…tout simplement! Il est de son devoir d’accepter la mort, de ne pas faire d’histoire avec sa vie! »  Cette manière rapide et facile de décider de la vie de la femme me fait penser à celle adoptée par des hommes face à la vie d’un bétail dont la fonction est de mettre bas, après tant de jours, à une progéniture, et voyant que ce bétail ne remplit pas bien sa fonction, décident tout simplement… de s’en débarrasser!  

Mais pourquoi, durant tout ce 20e siècle, l’Église de Rome ne fait pas de mises à jours, ou de corrections face à des choses du passé qui s’avèrent de très graves erreurs? Il est reconnu que l’Église de Rome souffre de ce que certains théologiens appellent « le mal catholique ». Très brièvement, je rapporte que selon André Naud, le mal catholique pousse à majorer, augmenter, gonfler d’une manière excessive l’autorité de la  tradition, de même que l’infaillibilité, et il ajoute que les signes de ce mal sont multiples. Personnellement, je crois que les traditionalistes ont un tel amour excessif des traditions et un tel engouement face à un pouvoir extraordinaire que posséderait l’Église de Rome qu’ils sont prêts à tout faire pour que cette Église aie le plus de pouvoir possible afin d’imposer les traditions qu’ils veulent. Durant tout le 20e siècle, sauf durant le court règne de Jean XXIII, l’Église de Rome s’est montrée archi-fermée à des légions d’excellentes remises en question demandant des mises à jour importantes. Encore au 21 siècle, les traditionalistes qui dominent l’Église de Rome montrent qu’ils n’acceptent pas de toucher aux traditions en matière d’avortement et concernant l’établissement d’une véritable égalité homme-femme. 

Tenant compte de la science en matière d’avortement, et regardant le pape François se montrer agressif contre ceux qui, selon lui, attaque la vie d’un petit être humain, je vois qu’il se montre sensible à un organisme en construction où, pendant vingt semaines, il n’est pas question d’un être humain réel. Mais pourquoi ne voit-on pas chez lui une agressivité contre ce qui nourrit un fléau à savoir ces attaques de religieux pédophiles contre de pauvres petits enfants réels  incapables de se défendre?  Pourquoi ne permet-il pas aux évêques, découvrant un religieux pédophile, de communiquer directement avec des policiers ce qui permettrait de stopper les agissements de ce pédophile? Une réponse me vient en pensant au comportement adopté par Benoit XVI, à savoir que la tradition impose à l’évêque de transmettre la nouvelle à Rome, de taire la chose à  l’État civil, puis de transférer le pédophile ailleurs ce qui peut sembler régler le problème localement…mais on sait que ce pédophile continuera ses agressions ailleurs. Ce traditionalisme maladif de l’Église de Rome s’exerce au détriment de vies humaines réelles.

J’aimerais dire à tous ceux qui ont la foi et aimeraient que des choses changent dans l’Église (dans la communauté des croyants) de se fonder sur Jésus qui est la Voie, la Vérité et la Vie plutôt que sur une Église de Rome maladivement traditionaliste!

Yolande Potvin
historienne des mentalités
23 octobre 2018

Une réflexion au sujet de « (Le pape François). Dans une condamnation tonitruante de l’avortement l’Église de Rome, traditionaliste, continue de s’opposer à la science en matière d’avortement »

  1. Merci Madame Yolande d’avoir si bien mis en évidence ces méfaits d’un traditionalisme qui ne défend le plus souvent que la seule tradition au détriment des éclairages du temps. Cela démontre bien le décalage qui s’est installé entre l’Institution et l’Aujourd’hui!

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